Plateau de roc taché de gazon ras Chaos de caillasse parmi les névés blancs Enchâssé dans l’immense paroi Tu es le refuge où chantent les torrents.
Vert, piqué d’euphraise, d’androsace et de grassette A mes épaules mon lit est tendre et doux. Dans le ciel où vibre le rayon roux L’aigle royal tourne et tourne et guette.
Le vallon tout en bas, grand triangle de brume Estompe la rivière et bleuit le sapin, Et la cascade est bleue et bleue l’écume Et dans le bleu disparaît le chemin.
Mon œil s’est fermé dans un conte gris Et revit le matin au départ glacé, Le vent qui balaie les pierres du sentier La ligne du glacier au haut de l’éboulis.
Mon œil c’est fermé dans un conte rose Et revit les heures de l’aurore enneigée Les dômes arrondis où la lueur se pose Le réconfort aussi de la halte obligée.
A mes épaules mon lit de gazon est chaud Et j’ai rouvert mes yeux : ils ont suivi là-haut De rocs et de ravines, de couloirs abrupts Le chemin brûlant tout à l’heure descendu.
Alors l’ami s’est penché sur l’eau claire Qui coupe le sable d’un éclat sinueux Où se glaçait le flacon du bon vin généreux. Avec un grand respect il m’en versa un verre.
Les genoux sont tremblants et le front est brûlé Par le soleil et les pierres et la neige et la bise Dans mon gosier coule la liqueur exquise. Mon œil s’est refermé dans un conte doré.
Poème composé par monsieur Paul Ferrier, libraire et écrivain dédié à Edgar Pernet.
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